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LOUIS DUCOS DU HAURON

S'il est inconnu du grand public, son invention reste un événement majeur du XIXème s. : c'est lui qui a mis au point le premier les procédés de photographie et d'impression polychrome, principe qui reste le même de nos jours.

Né à Langon le 8 décembre 1837, il était issu d'une vieille famille agenaise et fils d'un fonctionnaire des Contributions Indirectes. Il montra très tôt des prédispositions et une ardeur au travail remarquables dans les domaines scientifique et musical, à tel point que sa famille décida de le sortir du système scolaire classique et d'engager des professeurs particuliers.

Le jeune Ducos du Hauron se tourna finalement vers les sciences physiques, même si ses talents de pianiste l'amenèrent à la fin du XIXème s. à entretenir une correspondance suivie avec le compositeur Camille Saint Saëns.
Son goût pour la peinture va surtout l'orienter vers l'étude et les interactions entre la lumière et la couleur. Au début du siècle, la science avait fait de grandes avancées dans ce domaine : le médecin britannique Thomas Young avait mis en évidence que le système optique humain était sensible à trois couleurs de base qui, bien mélangées, pouvaient produire toutes les autres nuances, les travaux du chimiste français Chevreul, le procédé photographique (l'héliographie) de Niepce perfectionné par Daguerre (le daguerréotype), le calotype de l'Anglais Talbot, le physicien Fizeau qui diminua considérablement les temps de pose… 
Ducos du Hauron, qui n'avait jamais touché un appareil photo, présenta à 22 ans à la Société des Arts et Sciences d'Agen un mémoire d' "Etude des sensations lumineuses" qui lui vaudra d'être surnommé " le jeune savant du Midi " par la presse parisienne. Il commence à entrevoir le moyen de reproduire des images en couleur. Les premières tentatives réalisées par Becquerel en 1848 avaient démontré qu'une plaque d'argent recouvert de chlorure d'argent pur reproduisait directement les couleurs, mais de manière instable. Dix années de recherches vont être nécessaires à Ducos du Hauron avant de déposer un brevet en 1868 et en 1869, il édite une brochure " les couleurs en photographie, solution du problème ".

 

La première photographie couleur, prise à Agen, reposait sur le principe de Maxwell de décomposition de la lumière par les trois couleurs fondamentales que sont le rouge, le vert et le bleu. Il réalisa trois photographies d'un même sujet au travers de filtres de verre colorés successivement en rouge, bleu et jaune, qui laissaient passer seulement les radiations de sa couleur, interceptant toutes les autres. En superposant enfin les trois épreuves, il obtint la restitution des couleurs. Le procédé de trichromie était né.
L'inventeur du phonographe Charles Cros avait déposé en 1867 un pli cacheté à l'Académie des Sciences et avait publié la même année que Ducos du Hauron la description d'un procédé identique. Mais c'est à ce dernier que la paternité de la trichromie fut finalement attribuée de par l'antériorité de ses travaux.

Notre physicien connut la gloire à l'occasion de l'Exposition Universelle de Paris en 1878 qui présentait une série de ses reproductions.

Il continua ses recherches avec pour objectif l'application à l'impression couleur. Un des plus grands imprimeurs d'Europe, Albert, de Munich, lui offre un pont d'or pour développer son procédé en Allemagne à l'échelle industrielle. Mais, par patriotisme, il refusa et s'entêta à convaincre le Ministère du Commerce français de moderniser l'imprimerie française qui n'était pas prête techniquement. Lorsque finalement une imprimerie toulousaine fut en mesure d'adopter le procédé, celle-ci fut détruite par un incendie en 1885 alors que les premières éditions rencontraient un vif succès. Ducos du Hauron ne connut donc pas la réussite commerciale et l'histoire se répéta avec une autre de ses nombreuses inventions, la chronophotographie, que l'on appellera plus tard le cinématographe, popularisé par les frères Lumière.

Il termina sa vie dans des conditions précaires, ne percevant qu'une maigre rente de la société Cinéma Gaumont et une pension du gouvernement. Louis Ducos du Hauron décéda à Agen, le 31 août 1920 au n°58 de la rue Lamouroux.

Triste destinée pour ce génie qui avait écrit : " le peintre n'a plus besoin d'une palette qu'il commande au soleil, le soleil, collaborateur soumis, donnera à ses œuvres la couleur et la vie ".

 
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