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Agen - Office de Tourisme - Les Illustres Agenais - JACQUES BOÉ, dit Jasmin

JACQUES BOÉ, dit Jasmin
L'occitan, ou langue d'oc, (du latin hoc, et de l'ancien occitan oc, oui) désigne un ensemble de dialectes romans parlés dans une zone géographique située au sud d'une ligne Bordeaux,
Angoulème, Limoges, Montluçon, St Etienne et Valence.
C'est une langue latine qui
comprend plusieurs " patois " dont le gascon, le provençal et le languedocien.
Elle connut son premier âge d'or au Moyen Age comme langue commune au sud de la France et grande langue de culture. Le plus ancien texte occitan connu est
la "chanson de Ste Foy" (VIIIème ou IXème s.). Du XIème au XIIIème s., les troubadours chantent, en occitan, l'amour, la douleur amoureuse ainsi que l'épopée historique avec les chansons de geste, devenant les ambassadeurs en Occident de la poésie lyrique et de l'amour courtois. Citons parmi eux Guillaume IX d'Aquitaine, Bernart de
Ventadorn, Bertran de Born, Jaufré Rudel
qui feront l'éducation sentimentale de l'Europe avec deux valeurs essentielles
:"joi" et "partadge". Le "joi" ne concerne pas seulement la vie du couple (amour courtois), mais aussi la vie en société. Il s'appelle alors courtoisie. Celle-ci doit être, pour tout homme, un objectif, un art de vivre. Le
"partadge" caractérise une société ouverte qui se veut égalitaire, où l'individu est respecté pour lui-même, tel qu'il est et sans recours à la force.
C'est également à cette époque qu'est rédigée en occitan la première grammaire occidentale, Razos de
trobar.
Mais cette littérature, qui avait été fondée sur l'orientation spirituelle cathare, va connaître un déclin très net à partir du XIIIème s., lié à la croisade contre les albigeois et les répressions qui s'en suivirent, jusqu'au milieu du XVIème s., et ce, malgré le Consistori del Gai Saber de 1323.
Alors que l'occitan est parlé massivement dans tout le royaume de France, François Ier promulgue en 1539 l'édit de Villers-Cotterêts qui impose le français, plus moderne, comme langue administrative. Cet acte montre le manque d'unité d'un monde occitan divisé par l'Histoire (morcellement par les invasions barbares puis en provinces féodales) et la géographie: notre Garonne est ainsi une frontière naturelle entre deux dialectes différents, le gascon au sud, le languedocien au nord.
Au XVIIème siècle, quelques auteurs, comme Pierre Goudolin en Aquitaine et Louis Bellaud de la Bellaudière en Provence, continuent néanmoins de perpétuer la tradition d'une écriture occitane sujette au mépris des Lumières.
Mais le véritable renouveau s'opère au XIXème s. lorsque l'élan romantique va conduire à la redécouverte de l'art des troubadours. C'est dans ce contexte que va s'inscrire la gloire de notre Jasmin et la création en 1854 du Félibrige par des poètes provençaux, dont Frédéric Mistral, prix Nobel de littérature en 1904. Cette organisation va se donner pour objectif l'unité des pays d'Oc et l'harmonisation de la langue sur les bases d'un dictionnaire commun, " Lou Tresor dóu Felibrige ". Beaucoup d'auteurs, par la suite, suivront cet exemple : Max Rouquette, Serge Bec, Robert
Lafont, Jean Boudou, René Nelli
s'illustrent dans le domaine de la poésie et du roman.
Depuis les années 70 le mouvement occitaniste s'inscrit dans la montée en puissance du régionalisme avec des revendications politique, culturelle et économique (vivre au pays), toujours en quête de cette unité et d'une identité qui a, depuis les origines, fait défaut aux pays d'Oc. Le regain d'intérêt actuel est soutenu avant tout par la production musicale avec le Massilia Sound System, les Fabulous
Trobadors, la compagnie Lubat, Nadau
Un Occitan célèbre...
Jacques Boé, dit Jasmin, a donc été l'un des promoteurs de cette renaissance au XIXème s., enrichissant l'occitan de mots et d'expressions nouvelles, au contact d'un monde rural à peine effleuré par la langue française.
Né le 6 mars 1798 au n°16 de la rue des Charretiers à Agen. Son père, Jean, était un pauvre tailleur bossu. Il fait de courtes études au Petit Séminaire (Centre Culturel actuel) puis son apprentissage de coiffeur près de la Préfecture avant de s'installer sur le
Gravier comme perruquier.
L'échoppe, où il vécut et mourut, existe toujours avenue du Général de
Gaulle.
En 1818, il épouse Anne-Marie Barrère, dite Manhonet, agée de 17 ans. Femme intelligente au grand sens pratique, elle a longtemps considéré comme futile la passion de son mari pour l'écriture. Mais Manhonet changea d'avis et devint même une collaboratrice avisée à partir de 1835, date de parution dans " le Temps " d'un article élogieux sur le premier volume des " Papillottes ". uvre majeure de Jasmin, elle rassemble, sous la forme de recueil de poèmes, ses souvenirs de jeunesse, des chansons patriotiques sur l'épopée impériale de Napoléon Ier, des récits sentimentaux, des hommages à des personnages ou à des villes
rencontrées
Sa rencontre providentielle en 1832 avec Charles Nodier, qui se promenait par hasard près de sa boutique
du Gravier, marque le début de la gloire. Jasmin ne déclamait alors ses poèmes qu'aux clients qu'il coiffait. Ecrivain précurseur du surréalisme, Nodier était propriétaire à Paris d'un salon, l'Arsenal, où se réunissaient les jeunes auteurs romantiques. Ainsi, séduit par la musicalité des poèmes et la verve de
Boé, il lui ouvrit les portes du milieu littéraire parisien. En 1842, reçu à la cour par Louis Philippe, Jasmin rencontra Sainte
Beuve, Ampère, Chateaubriand... En 1844, le pianiste et compositeur Franz Liszt, à l'occasion d'un concert donné au théâtre d'Agen, rencontra longuement le poète dans son salon de coiffure.
Lamartine, en le qualifiant d' "Homère sensible et pathétique des prolétaires", nous donne un aperçu du caractère hors du commun du personnage. En effet, Jasmin aurait pu profiter de sa grande popularité pour s'enrichir, rentrer en politique. Il n'en fit rien. L'ensemble des recettes de ses séances, au nombre de 12 000, fut reversé aux uvres de bienfaisance, aux pauvres et aux églises. De plus, en dépit des nombreux voyages qu'il a effectué, il est toujours resté fidèle à sa ville d'Agen et ne restait jamais bien
longtemps éloigné de sa cité. N'a-t-il pas écrit :
"Se París me rend fièr, Agen me rend urós "
"Si Paris me rend fier, Agen me rend heureux !" ?
Il mourut à Agen le 5 octobre 1864, ayant redonné un lustre à la langue d'Oc.
Sa statue, bronze du sculpteur Vital-Dubray, fut installée sur la place qui porte aujourd'hui son nom et inaugurée le 12 mai 1870. Frédéric Mistral, malgré le peu d'intérêt que Jasmin avait porté au Félibrige, lui adressa à cette occasion un vibrant hommage en déclamant :
| Pèr la nacion e pèr li faraires, |
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Pour la nation et pour les
pères, |
| Que rèstan a l'ostau e que menan l'araire |
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Qui restent à la maison et qui conduisent la charrue |
| E parlan volontós la lenga dau terraire |
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Et parlent volontiers la langue du terroir |
| Es un trionfle aqueste jorn. |
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C'est un triomphe que ce jour. |
| Vaqui perque, ieu, de
Provènça, |
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C'est pourquoi, moi, de Provence |
| Vène di Provençaus pagar la redevença |
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Je viens des Provençaux payer le tribut |
| Au grand trobaire dau Miegiorn. |
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Au grand poète du Midi. |
| "O Gensemin, nos a venjats !" |
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"O Jasmin, tu nous a vengés !" |
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