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Bernard Etienne de la Ville COMTE DE LACÉPÈDE

Considéré comme l'un des fondateurs de la biologie moderne, il procéda à un inventaire des animaux selon un classement géographique et pressentit avec Buffon l'évolution des espèces.
Savant éminent, musicien accompli, sa soif de savoir, basée sur l'observation, est représentative du XVIIIéme, siècle des Lumières.

Bernard Germain Etienne de la Ville, comte de Lacépède, est né le 26 Décembre 1756 à Agen où son père, Jean Joseph Médard, originaire de Ville sur Illon (Vosges), était Lieutenant Général de la Sénéchaussée.
Sa mère mourut alors qu'il était en bas âge et fut confié aux soins d'un précepteur, l'abbé Carrière, professeur au collège d'Agen. Il partagea son enfance entre deux résidences, en hiver l'hôtel d'Agen (Bibliothèque municipale aujourd'hui) et, en été, le château de Lacépède à 7 km au nord-ouest de la ville.
Bernard Etienne consacra son adolescence à ses deux passions, la science et la musique, et c'est d'ailleurs dès cette époque que débuta son étroite relation avec son auteur favori, Buffon (1707-1788), Intendant du Jardin du Roi passionné par la transformation de l'univers. Lacépède, à cette époque, était l'âme des réunions mondaines et brillait dans les salons agenais par ses connaissances en physique, sa maîtrise du clavecin et du violoncelle.
Il quitte Agen pour Paris à 20 ans et se consacre au départ à l'art musical avec Gossec (1734-1829), un des premiers maître du Conservatoire. Il lui reste néanmoins assez temps pour rencontrer Jussieu, Lavoisier, Franklin et fut l'une des dernières personnes à s'entretenir avec Voltaire.
Rapidement, par son titre et ses qualités humaines, il est apprécié à Versailles et goûte à la légèreté de la vie de Cour ainsi qu'aux honneurs dans les principautés rhénanes, en Wesphalie. 
Mais dès 1780, aspirant à retrouver ses fréquentations artistiques et scientifiques, il revient à Paris. Dépité par le peu de succès de ses compositions musicales, il s'oriente vers la physique et publie en 1781 un " Essai sur l'électricité naturelle et artificielle " traitant de météorologie, de médecine et d'astronomie, le tout dans un style très poétique.
Peu à peu, un vaste projet se dessinait, auquel il allait consacrer la plus grande partie de son existence : étudier l'homme après avoir examiné au préalable tous les êtres vivants et ce, 
malgré les critiques qui le considéraient comme un apprenti savant et non comme un penseur.
La mort de son père en 1783 l'obligea à retourner à Agen et il en profita pour dynamiser la Société Académique qu'il avait co-fondé en 1776. Une fois l'hôtel familial vendu en 1784 au comte de Narbonne-Lara, Lacépède rentra à Paris à la demande de Buffon qui, au crépuscule de sa vie, recherchait un successeur. Un an plus tard, il était nommé au cabinet d'Histoire Naturelle du Jardin des Plantes où il devait classer les collections d'animaux, les cataloguer et rendre publiques ses analyses. Il consacra également son temps à préparer les volumes des Reptiles et des Poissons qui devaient donner une suite à ceux de son maître. Le premier volume, parut en 1788, traitait de ce que l'on appelait alors des quadrupèdes ovipares (tortues, lézards, salamandres, grenouilles). Mais Buffon mourut avant la rédaction du deuxième volume sur les serpents et Lacépède s'ouvrit à d'autres méthodes de classification comme celles de Linné (1707-1778) basées sur unes nomenclature binominale par genres et espèces.

A la veille de la Révolution, il s'intéressa, comme nombre de ses homologues, aux idées humanitaires et sociales. Sa popularité le fit nommer Député de Paris. Il délaissa alors l'Histoire Naturelle pour se consacrer à la politique. Il se servit de sa position pour participer à la transformation de l'ancien Jardin Royal des Plantes en Muséum National en 1793.
Mais, menacé d'arrestation et d'exécution, il dût démissionner et quitter Paris pour se réfugier à Leuville en Seine-et-Oise. Il en profita pour continuer son ouvrage sur l'Histoire Naturelle des Poissons et se maria.
Après la Terreur, Lacépède retrouve la capitale en tant qu'élève de l'Ecole Normale (à 40 ans !) aux côtés de Bougainville, septuagénaire, Fourier, Laplace… et de villageois presque illettrés. Mais rapidement, il intègre une troisième chaire de zoologie, celle des Reptiles et Poissons, avec comme collègue Lamarck (1744-1829), théoricien du transformisme reprit par Darwin, et Jussieu (1748-1836), éminent botaniste. Nommé en 1785 à l'Académie des Sciences, il poursuivit son travail de classification et d'enseignant, auquel il donnait une dimension philosophique et humaniste qui impressionnait son auditoire.
Sa réputation ne tarda guère à lui faire rencontrer le général Bonaparte avec qui il se lia d'amitié profonde. Les consuls lui proposèrent même après le coup d'Etat de 1799 le ministère de l'Intérieur. Lacépède refusa à cause de l'ampleur du travail scientifique qui lui restait à réaliser, mais accepta de siéger au Sénat. Il eut donc le temps de publier, entre 1798 et 1804, son Histoire Naturelle des Poissons, complétée par celle des Cétacés.
Affecté par la disparition de son maître Daubenton en 1800 puis celle de sa femme deux ans plus tard, il se consacra davantage à la philosophie naturelle et surprend par ses idées avant-gardistes. 
Remarqué pour son esprit curieux et droit, il fut en 1803 le premier à être nommé grand chevalier de la Légion d'Honneur et l'organisateur de cet ordre, accueillant même quelque temps dans son domicile privé la toute nouvelle chancellerie. Délaissant peu à peu l'enseignement, il entreprit de développer financièrement et socialement l'ordre de la Légion d'Honneur. Poursuivant sa carrière politique, il est finalement nommé ministre et président du Sénat par Napoléon.
A la chute de l'Empire, il perdit toutes ses fonctions et se retira à Hyères. Au retour de Napoléon, il retrouve ses responsabilités mais dépité par la nouvelle chute de l'Empire, il cesse de jouer un rôle politique. 
Il entame alors une existence solitaire à Epinay/Seine, refusant même l'ancien appartement de Buffon au Muséum. Dès lors, son travail scientifique devient secondaire (mémoire sur les cétacés du Japon, 1818) au profit d'une œuvre littéraire romanesque plus conséquente (Ellival et Caroline, 1816 ; Charles d'Ellival et Alphonsine de Florentino, 1817).
La tâche finale qu'il s'était assignée, l'écriture de l'histoire de l'humanité (Histoire Naturelle de l'Homme, 1821 ; Histoire générale, physique et civile de l'Europe, 1826), occupa les dix dernières années de sa vie. Il y fait des descriptions physiologiques de l'homme mais étudie également les passions, le language…, adoptant une position plus moraliste que scientifique dans son analyse. Pour Lacépède, l'homme appartient à la Nature et son histoire est largement influencée par le milieu naturel.
Il ne put terminer son dernier ouvrage (les âges de la nature et l'histoire de l'espèce humaine, 1830), emporté par une épidémie de variole. Il décéda dans la nuit du 5 au 6 octobre 1825 à Epinay. Une de ses dernières paroles fut : "je vais retrouver Buffon ".

Cet amoureux de la nature mourut presque pauvre, ne tirant aucun bénéfice financier des hautes fonctions qu'il occupa. Doté d'une force de travail extraordinaire, il fut le premier à établir une classification rigoureuse et surtout descriptive d'espèces animales. Ce travail, comprenant plus de 300 espèces de reptiles et de batraciens, a longtemps servit de base à la recherche scientifique. Il compléta également le travail de ses prédécesseurs, dont Linné, notamment avec des espèces exotiques inconnues jusqu'alors.

 
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